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"Loin des Yeux près du Coeur" avec la Wanzouloise Isabelle Bruaux en direct du Québec

Un témoignage captivant , émouvant 

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Je m’appelle Isabelle Bruaux, fille de Francine Philippot et Andrée Bruaux, et soeur de Bénédicte . Nous avons emménagé tous les 4 en 1978, rue de Fumal 6B à Wanzoul. J’avais proche des 2 ans. Mes parents habitent toujours là aujourd’hui.

J’ai fait mes maternelles et mes primaires à l’école à St-Jean-Berchmans, à Huy, où Mon père enseignait, et mes secondaires juste à côté au collège St-Quirin où ma mère enseignait. Loin de l’école de village, et de ce fait même des enfants du village, j’ai fait partie peu de temps du club de gymnastique les Spiteux et la principale activité sportive de mon enfance a été la natation au club Val Mehaigne à Wanze. J’ai abandonné cette activité à l’adolescence pour l’animation des baladins quelques années aux scouts de St-Quirin. J’ai passé pas mal de temps également au conservatoire de musique de Huy (solfège, guitare, chant d’ensemble, rythmique et expression corporelle). Je pourrai dire que j’avais un emploi du temps pas mal chargé avec tous ces cours…

Le dimanche était pour la famille. Il y a eu tous ces dimanches matin aux messes de Vinalmont avec l’abbé Marsin, et ses après-messes avec les parents, petite chez Mr Wilmart, un peu plus tard chez les Vanleyssem (jeux de cartes avec Pierre). Adolescente, ce fut un petit coucou chez la famille Tellier, où il était agréable de passer quelques moments. L’enfance à Wanzoul a été également la sollicitation aux portes, pour des causes diverses, que ce soient pour la vente de chocolat ; les modules ou cartes postales pour les îles de paix ou encore les denrées non périssables pour opération arc-en-ciel.

Ma vie « sociale » à Wanzoul (pour ceux qui m’ont connue, j’étais des plus discrète, vivant davantage dans l’ombre de ma grande soeur) a probablement débuté dans les alentours de la fin des années 80, avec l’initiative de Kim Tellier-Grusenmeyer à relancer le club des jeunes (les Tellier, Anne, Laurent, Bino; les Comanne, Olivier et Pierre; les Geerts, Mathilde et Julie; les Lenaerts, Pierre-François et Jean-Christophe…). D’abord chez Kim, les réunions se sont ensuite redirigées vers un local peint de nos propres mains situé chez Les Comanne. Je n’ai jamais vraiment été une fille de « gang » comme ont dit ici, mais de bons souvenirs me reviennent notamment quant aux soirées d’été ou l’on se rassemblait pour jouer au base-ball sur l’ancien terrain de foot de Vinalmont, le ping-pong dans le local du club des jeunes.

Je n’étais pas très sportive à l’époque… depuis, je me suis bien rattrapée, avec l’entraînement faisant partie du quotidien. Le club des jeunes, c’était aussi les activités de carnaval pour les enfants du village ou encore les jeux inter-village, la tenue d’une tente au rallye du condroz. Ensuite est venu le temps de l’université, pour une licence en logopédie suivie d’une spécialisation en psychomotricité à l’université catholique de Louvain-La-Neuve.

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C’est au cours d’un stage à l’étranger, faisant partie intégrante de mes études, en 1999, que j’ai découvert le Canada et plus précisément le Québec. Trois mois passés dans un endroit correspondant on ne peut plus au stéréotype de l’image canadienne: l’Abitibi-Témiscamingue. Il s’agit d’une région composée essentiellement de forêts et de lacs où la chasse d’Orignal, animal typique des contrées québécoises, est de vigueur à l’automne. Fiers de leur coup, une fois cet animal tué, les hommes exposent la tête sur le capot de leur « truck ». C’est un peu effrayant les premières fois où l’on voit cette énorme tête décapitée avec sa langue pendante sur le capot d’une auto.

Je vous avoue que la ville de Québec, et plus spécifiquement Lévis (face à Québec sur la rive sud du fleuve St-Laurent), où je suis actuellement, sont plus « civilisées » et je n’y ai jamais vu telle exposition, mais dans l’arrière pays, c’est chose courante. J’y ai vécu mon premier hiver québécois et aussi ma première expérience en ski doo, quel sentiment de liberté dans un paysage blanc féerique hors de toute civilisation.

Hiver s’accorde avec tonnes de neige à ne plus pouvoir circuler sur la route et les températures glaciales où le thermomètre peut descendre facilement à des -25/-30 degrés et où le vent fait ressentir encore plus froid. Malgré ces températures, bien couvert, le froid est bien moins mordant que celui de Belgique. Cependant, en dessous de -20, il est vrai que les poils du nez et les oreilles gèlent immédiatement. Toutes les parties du corps se doivent d’être bien couvertes. Que les voitures m’ont fait pitié à ce moment. Heureusement, elles se font brancher pour la nuit.

Malgré cela, la première intégration dans ce pays m’a valu de vouloir y retourner un jour… J’avais la sensation d’y avoir laissé un petit quelque chose ou de ne pas y avoir vécu tout ce que j’avais à y vivre…

Mon équipe de travail m’a attendue 3 mois durant lesquelles des bières belges importées étaient là pour m’accueillir. Initialement prévu pour septembre, ce départ a été le 01 décembre 2001. Après de longues démarches administratives avec l’immigration (j’avoue que ce n’est pas rien), j’ai atterri à Montréal seule avec deux valises. Je me souviens de m’être retrouvée à l’aéroport seule sans valise (car elles avaient emprunté un avion suivant) et avoir pleuré pendant un certain temps me demandant ce que je faisais là au milieu de nulle part.

Voilà avec quoi j’allais débuter l’année ou les deux années suivantes au Canada… et finalement j’y suis toujours !! J’ai atterri au Canada avec un contrat en poche et un poste considérant la pénurie d’orthophonistes (terme utilisée pour logopèdes) au Québec en cette période là (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui). Pour une fois dans ma vie, j’ai été à la bonne place au bon moment et ai été la première belge à être recrutée par l’ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, en mission en Belgique.

Mon équivalence reconnue, j’ai commencé à travaillé dans un centre de réadaptation en déficience physique auprès de la clientèle enfant 0-18 ans comme orthophoniste. En 2010, j’ai accepté le poste de coordination clinique au sein de la même équipe de travail.

Depuis ce 1er décembre 2016, cela fait 15 ans que je suis ici. Qui prend mari prend pays ne fait pas partie de mon adage, mais par contre une autre place s’est comblée dans ma vie par l’arrivée d’un adorable petit homme, Mathéo, il y a 5 ans déjà. Il entre à l’école en septembre prochain…Une seule maternelle ici. Tout comme plusieurs repères, je dois m’accorder maintenant à ceux de ce pays… Ce sont les aléas de l’immigration. Pour ma part, je suis immigrante… mais mon petit garçon quant à lui est bien de ce pays… son accent en fait foi ;o).

Sur ce fait, l’accent, il m’a fallu quelques temps pour me faire l’oreille… et un peu plus pour me faire au vocabulaire et expressions. Encore aujourd’hui, j’en apprends. C’est probablement l’histoire de toute une vie. Et même s’il s’agit de français, c’est un peu une autre langue. Sur ce point d’ailleurs, à plusieurs reprises et encore récemment, je me suis fait dire, par des enfants, que je parle bizarre, quelle langue je parle ? Suis-je la maman de Mathéo et pourquoi ne parle-t-il pas comme moi ? C’est un aspect que je n’ai pas pu transmettre à mon petit homme… Et à bien y penser… qui d’entre nous a un accent ?

La ville de Québec fait partie de la province de Québec. Il s’agit d’une ville que beaucoup diront très européenne. En tant que touristes, l’accueil est très chaleureux. Quant à la province, elle vous fera découvrir des trésors de la nature. Je la considère comme une source intarissable de trésors pour les amants de la nature, dont je fais partie. Cela se traduit par d’innombrables activités de plein air pour tous âges, tous intérêts… et tous budgets.

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En été, de la marche en sentier à hiking en montagne; de la nage dans les lacs à la ballade en canot; des pistes cyclables sur des milliers de kilomètres, à faire à pieds, en rollier ou encore en vélo; du camping sous tente ou chalet en bois ronds; de l’escalade; de la pêche. Pêche que l’on retrouve également en hiver, ainsi que du patin à glace, de la raquette, du ski alpin ou ski de fond; du traîneau à chien; des parcs de glisse en trippes; du ski Doo. Hiver, comme automne ou été, il y en a pour tous les goûts et les gigantesques espaces s’y prêtent quelle que soit la température…

Il faut être honnête, les 6 mois de neige du Québec ne sont pas que paysages sublimes, maculés de blancs et source de toutes les activités décrites plus hauts. Vivre l’hiver à Québec, c’est également vivre dans les conditions de neige au quotidien pour sortir de la maison, du stationnement, dans la circulation bien que sur ce point les déneigeuses font de leur mieux et rendent possible les déplacements dans toutes conditions… Pour ceux qui ne bougent pas de l’année, le pelletage devient une activité minimalement hebdomadaire, pour des accumulations sans fin de neige (considérant les températures en dessous de zéro tout l’hiver jour et nuit, les précipitations ne fondent pas, se tassent un peu, mais s’accumulent,… à ne plus savoir quoi en faire, ni où le mettre), pour une moyenne de 3 mètres et plus par hiver. En rédigeant ces lignes, c’est ma réalité !!! Mais bientôt le printemps…

À la fonte des neige, correspond le réveil des érables et avec lui la saison du sirop d’érable, très populaire par ici. Le sirop d’érable est au Québec, ce que le chocolat est à la Belgique. Croyez moi ou non, je reste 100% belge sur ce point là !!!

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Je fais part ici du Québec état de nature. C’est de cette façon que je l’apprécie particulièrement. L’automne me correspond le mieux et rien que pour cette saison, le déplacement vaut le détour.

À la question si ce grand saut était à refaire, je réponds que la question pourrait toujours se poser, mais j’aurais fortement regretté de ne pas le tenter. Aucun regret.

Initialement, j’avais l’intention de sillonner plus d’un pays en lien avec ma profession de logopède, et de probablement revenir en Belgique. Or, je l’ai fait le saut une fois et je pense que je suis maintenant dans un pays qui me correspond davantage. Et non, je ne me sens pas complètement chez moi ici. Mais pour la première fois, lors de mon dernier retour, je ne me sentais plus tout à fait chez moi en Belgique non plus. C’est le côté le plus difficile de l’immigration, n’être pas vraiment chez soi nulle part. J’ai passé 25 ans en Belgique et 15 ans au Québec. (Même après les 15 années dans ce pays, mon don de sang n’est pas accepté ici… ayant vécu en Belgique où la vache folle a sévi ;o)). Mes racines resteront toujours en Belgique, c’est une certitude. Mon tronc est ici et le développement de mes branches reste à voir ? Que réserve l’avenir ?

Je ne suis pas citoyenne canadienne, je suis résidente permanente. Mon garçon, lui, a la double nationalité étant né d’une mère belge et d’un père québécois. Je pourrais faire les démarches, un jour… Ce sera peut-être une prochaine étape ?

Le Canada vaut la peine d’être visité. Je pense que découvrir le Québec est l’expérience d’une vie… de ma vie.

Au plaisir de se rencontrer sur ce continent, dans ce pays qui, indéniablement en cette période, est l’hiver.

Isabelle

Merci Isabelle pour ce récit prenant et ces images féériques ou pleines d'amour (bonjour Mathéo)

 

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